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Trains mon amour... Requiem en si mineur



Comme le Requiem op. 89 de Dvórak interprété en janvier au Centre international des Arts de Anvers, le train de nuit tire sa révérence triste dans l'esseulement mélancolique qui l'a vu décliner depuis tellement d'années.

La ville de Toulouse me paraît bien maussade ce matin, en dépit de la douce et froide chaleur auroréale qui l'emplit. Cela fait quelques heures que je suis descendue des Intercités de nuit 3751 et 3981, désormais jumelés comme cela arrive souvent, au nom de la rentabilité. Depuis que le nom a changé, notre poétique Palombe Bleue s'est délestée de son plumage pour laisser place à des acronymes et nombres qui sonnent durs en bouche. Même cela, ce matin, revêt un manteau de nostalgie. Mon esprit engourdi par l'absence de sommeil nocturne, passe et repasse en boucle la semonce : le train de nuit disparaît. Sa chronique mortuaire annoncée devient de facto réelle. Mon cœur s'embruine de regrets, je ne retrouverai plus le charme des mes années estudiantes à peupler ce train, parmi la multitude des sièges inclinables. J'aimais regarder le compartiment par la fenêtre de la voiture-couchette où je vogue désormais en des lieux divers, que la vie me permet.

Si seulement, le train avait sonné trois fois. Si seulement, les combattants du rail étaient toujours vigoureux ; que leur reprocher après des décennies de luttes intestines contre des intérêts et des forces qui les dépassent. "Mais c'est avant qu'il aurait fallu en parler, quand on faisait grève, nous, il y a vingt ans", m'a asséné cette nuit un contrôleur. La Palombe Bleue est étendue. Ses compartiments vieillis paraissent calmes et sereins. Tranquilles. Elle a deux trous droits sur le côté. Le coup porté à la Palombe lui sera-t-il fatal ?

Alors comme le fit le compositeur, organisons de mémorables concerts en guise d'éloge funèbre pour voir, entendre et éprouver le dénouement de cette chronique si bien orchestrée. Même s'il n'est plus à son apogée, le train de nuit m'émeut encore, je ne crains plus ce jour si banal.


Mercredi #393 mars 2017
Après l'annulation de La Palombe Bleue de la veille




Parce que La Palombe Bleue mérite bien une danse
Fin mars 2017


Sur l'autel des politiques de transport et des choix mal assurés de l'État français, la Palombe Bleue est la nouvelle sacrifiée. Éviscérée par ses pères, la créature agonise et certains, tels des vautours, s'affairent autour de son cadavre. Les membres dépecés sont vendus au rabais, une voiture par ici, un train par là. Pendant que cette curée s'opère, d'autres tentent de lui insuffler encore un peu de souffle de vie, contre le silence assourdissant qui l'emporte sur le Léthé.


"Heureux, heureux, avec la Palombe Bleue", chantent-ils. Pour combien de temps ?






Alors chantons, dansons, pour que son esprit puisse vivre à jamais, libéré de ses démons passés. Parce qu'on le sait, pourtant, qu'elle reviendra. La nécessaire métempsychose opérera, car les Intercités sont des moyens de transport optimum entre l'économique et l'écologique. Et si cette homéotéleute n'y suffit pas, l'éco-, l'oikos, les lie aussi : de la division, la gestion aux règles de la maison, l'oikos logos inscrit tout cela au sein de cette grande maison qu'est la nature, qui n'accepte aucune division mais partage. Alors, si les Intercités permettent de dresser un autre pont, que dire du train de nuit qui, dans nos sociétés folles, fait gagner du temps de vie. Ce que le jour vole à la nuit, La Palombe Bleue le rend. "Une heure pour traverser le pays : une demi-heure pour s'endormir et une demi-heure pour se réveiller", s'écrient des usagers au départ de ceux qui s'annoncent être les derniers.
Je sais que la Palombe Bleue renaîtra de ses cendres, tel un phœnix, pour permettre aux voyageurs de circuler. Mais voir le funeste démembrement d'un corps pourtant leste et si plein de promesses, m'attriste et me laisse sans voix. Puissent ces mots trouver un écho, là où la Palombe entend encor.



La mythique Palombe Bleue, cet oiseau magique
Autre nuit debout, dans le train, début avril 2017

Entre de joyeux sifflements, "ne lâchez rien, usagers, ne lâchez rien" scandent des travailleurs cette nuit sur les quais traversés par le train volatile. Une gaieté oubliée emplit l'oiseau d'habitude attristé : entre les familles qui rient sur le quai noyant les atmosphères larmoyantes des amputations hebdomadaires d'oranges transies, des personnels à quai chantonnent en lançant avec acuité des œillades précisément dirigées vers les points de sécurité. Le roulement des contrôleurs commence dès leur descente de la voiture et se prolonge, dans des girations aux effluves sucrées, entre chocolats et mots doux, sur le quai et jusqu'entre les voies : "RAS mais attention à la lumière qui coupe voiture 15, il faut passer régulièrement rassurer les passagers". Alors que sur le quai les rames s'engouffrent dans la chaude obscurité printanière, se fait entendre un cri : "ne lâchez rien, usagers, ne lâchez rien. Vous seuls pouvez faire qu'elle soit gardée, notre Palombe". Désolé, il scande son désespoir à son objet désiré, devant la multitude qui s'en va à bord de la machine. "Je l'aime, vous savez. Il me reste plus qu'à me suicider s'ils la suppriment... C'est un peu ce qu'ils font tous les jours, avec leurs annulations inopinées : ils nous tuent à petit feu". Sur les rails septentrionaux, disparaît l'oiseau bleu roulant, emportant les éclats de rire de ce temps suspendu à la vacance et que reproduisent cahin-caha de mécaniques à-coups.

2 commentaires:

Jack Santino a dit…

Très bien écrit. éemouvant.évocatrice.

Unknown a dit…

Superbe texte !